Robots agricoles : les grands séducteurs du Space

Ouf ! Voilà les robots agricoles. Stars du Space 2017, sur l’espace « agriculture demain », ils n’ont eu aucune peine à séduire éleveurs et éleveuses, harassés par des travaux pénibles et répétitifs. Mis en scène et invités lors de tables rondes sur la robotisation agricoles, ces nouveautés hightech ont attiré un public très nombreux. Un traitement médiatique réussi, qui alternait présentation de robots et échanges entre vrais humains !

 « Je faisais des tours et des tours dans le bâtiment, toute la journée, pour empêcher les poules de pondre au sol plutôt que dans leurs nichoirs. Jusqu’à 8 km par jour, pour éviter les œufs souillés et déclassés ! J’ai eu des problèmes de santé, jusqu’à ce qu’on mette au point Tibook, un robot qui sillonne le bâtiment à ma place ».

Le burn-out des éleveurs : tabou

 Laetitia Savary, éleveuse de poules reproductrices en Mayenne, a échappé de peu au burn-out. Son témoignage à l'espave "agriculture de demain", lors du Space 2017 a fait mouche. « On ne trouvait aucun équipement sur le marché pour me soulager : il fallait un engin capable de se déplacer sur litière, donc sur terrain meuble ». Sans la mise au point du robot, avec la firme Cimtek, Laetitia aurait laissé tomber l’élevage. Trop épuisant. Difficile aussi d’embaucher : pour ce type de tache, peu de candidats.  « Et quand il y en a, il ne reste pas longtemps ! Le robot m’a vraiment soulagée des tâches répétitives. Je peux désormais me concentrer sur des tâches à plus haute valeur ajoutée : la surveillance, la pesée des animaux, la gestion de l’hygiène… Et surtout, l’analyse des résultats technico-économiques de l’élevage ». Du travail beaucoup plus valorisant ! « Je me sens soulagée, d’autant qu’avec le robot, les poules sont plus calmes et la productivité s’est améliorée ». Un témoignage d’autant plus précieux, lors de la table ronde de l’espace « agriculture demain », que les questions de santé et burn-out restent tabou en agriculture.

Les robots transforment le métier

La robotisation transforme le métier d’éleveur, c’est indéniable. Ces équipements qui peuvent inquiéter le grand public -ces robots vont-ils générer du chômage-, ravissent les éleveurs et éleveuses. Car ces engins vedettes prennent en charge des tâches pénibles et répétitives : lavage des porcheries, port de charges lourdes, désherbage à ras de sol, traite des vaches… « En se déchargeant de ces tâches ingrates, on retrouve du temps pour mieux s’occuper des animaux, les suivre, les soigner, faire un travail de qualité ». André Sergent, président de la Chambre d’Agriculture du Finistère, en fait un atout pour l’avenir. « Les robots ne vont pas prendre la place des agricultrices et agriculteurs, mais rendre ce métier plus attractif auprès des jeunes ». Le profil des exploitants va changer, André ne s’en cache pas : moins de temps sur les tracteurs et davantage pour le suivi des datas et la maintenance des robots. « La société évolue, nous éleveurs également, pour améliorer nos conditions de travail et le bien-être des animaux ». Conscientes de l'enjeu, les Chambres d'Agriculture de Bretagne et le Space ont mis en lumière ce thème d'une actualité brulante.

Le métier devient plus attractif

L’industrie s’est robotisée bien avant l’agriculture. « Normal, on automatise plus facilement les mouvements sur de la matière inerte, comme le montage d’une voiture, que sur du vivant (pousser des animaux, découper de la viande…). L’agriculture se robotise donc avec un temps de retard, mais en profitant du transfert de technologie de l’industrie à l’agriculture, même si ce ne peut pas être du copié-collé ». Pour Frederic Colledani, chercheur au Cea Tech (Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives), il était temps. « Nos concurrents se robotisent, en Europe et au-delà, il faut savoir prendre le train pour rester compétitifs ». Autre avantage indéniable de la robotisation aux yeux du chercheur :  travailler avec des nouvelles technologies rend les métiers agricoles et agro-alimentaires plus attractifs. « Dire -je pilote des robots- est plus socialement acceptable que je découpe des jambons toute la journée ».

Les roboticiens vont travailler avec les éleveurs

Contrairement à l’industrie, l’agriculture n’en est qu’à ses débuts dans la robotisation. S’il existe désormais quelques robots sur le marché de l’agroéquipement, il reste encore fort à faire. « Dans beaucoup de domaines, on va pouvoir progresser tant pour le confort de travail de l’éleveur que pour le bien-être des animaux ». Vu la complexité de la tâche, en milieu vivant, Frédéric Colledani insiste sur l’étroite collaboration qui doit guider la recherche autour de nouveaux équipements. « Il est très important que les roboticiens travaillent en proximité avec les éleveurs. Il serait inconcevable de plaquer les développements industriels en agriculture ». Compte-tenu de l’ouverture prochaine d’une antenne du CEAT à Quimper, dans le Finistère, le chercheur invite les agriculteurs à venir y exposer aux chercheurs, les problèmes qu’ils rencontrent dans leur métier. Afin de mettre sur pied des solutions automatisées…

Alléger les tâches en abattoir

« L’introduction de robots dans les chaines d’abattage ne pose pas de problème aux salariés en place, au contraire ». Bertrand Eon, responsable de l’abattoir de Kermené, dans les Côtes d’Armor, a vu la robotisation s’installer de prime abord sur les postes comprenant de gros transferts de flux.  Là, les robots viennent soulager les corps humains, qui étaient mis à rude épreuve. « C’est un vrai mieux en matière de santé pour les salariés, qui sont délestés de tâches cassantes et très répétitives. Leurs fonctions changent, leur niveau de qualification augmente, le métier est plus valorisant ». Dans un bassin qui peine à recruter, l’évolution des métiers de l’agro-alimentaire vers des qualifications plus techniques, facilite le recrutement.

Dans le monde agricole et agroalimentaire, la robotisation est donc plutôt vécue comme un soulagement.  Néanmoins, les tâches à soulager restent légion et le travail de recherche et d’investigation expérimentale grand ouvert ! Eleveurs, experts et chercheurs se sont déjà mis en route…

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