Les pesticides en agriculture : pas une fatalité !

"Oui, nous pouvons réduire l'utilisation des pesticides en agriculture, c'est d'ailleurs ce que nous sommes en train de faire". Convaincants et convaincus, les jeunes agriculteurs d'Ille et Vilaine ont ouvert le dialogue avec le grand public, hier soir à Saint Meen Le Grand (35), en proposant une soirée débat trés concrète et totalement ouverte aux échanges. C'est avec plaisir et passion que j'ai animé ce débat d'une actualité brulante.

Soirée réduisons les pesticides JA 35
Soirée réduisons les pesticides JA 35

"Il fallait crever l'abcès, explique l'un des jeunes organisateurs JA35. On nous montre du doigt, les gens voient d'un mauvais œil les pulvérisateurs dans les bourgs, près de chez eux. Il était temps d'expliquer que nos pratiques évoluent, d'engager le dialogue". Le public a répondu présent, temps du coté des agriculteurs, à la fois inquiets et interessés par les nouvelles pratiques qui se mettent en place, que du côté grand public et associations de défense des citoyens, vigilants quant à la qualité des aliments et de notre cadre de vie.

Réglementation pesticides durcie ?

Réglementation de plus en plus pointue, formation accrue des agriculteurs qui manipulent et épandent des pesticides... Anne Courtois, de la Chambre d'Agriculture Bretagne et Florence Fernandez de la Draaf, ont répondu avec précision à tous ces points méconnus de la population.

Un témoignage d’agriculteur touchant

"Changer ses habitudes, c'est une sorte de petite révolution, mais ça se fait". Freddy Faucheux, producteur de porc à Ernée en Ille et Vilaine, cultive 80 ha de cultures destinées en grande partie à l'alimentation de ses animaux. Sous le regard extrêmement attentif du public, il révélé avec beaucoup de franchise et d'humilité, la profonde évolution qu'implique un changement de pratiques pour réduire l'usage des phytosanitaires. Sortir du schéma familial ou local, se démarquer des pressions commerciales, oser de nouvelles pratiques en prenant un risque financier au cas où les rendements chuteraient...

Veres des rotations plus longues

Proche d'un captage d'eau prioritaire, il a pris les devants il y a quatre ans, en s'engageant dans une démarche MAE. Rotations plus longues, introduction de nouvelles cultures, réduction des doses, choix de variétés plus résistantes aux maladies, mélanges céréaliers, introduction du désherbage mécanique.., Le chemin est long et complexe, mais efficace. "C'est passionnant, j'ai vraiment repris en main les décisions concernant ma ferme, la conduite de mes cultures. Et l’usage des pesticides baisse.

Evoluer en groupe, c’est rassurant

C'est le groupe qui l'a aidé. "Je fais partie d'un groupe 30 000, du nom des groupes d'agriculteurs engagés en France dans la réduction de l'utilisation des phyto".  Echanges d'informations, formations communes, le groupe fait monter en compétence et rassure. David Bouillé, ingénieur à la Chambre d'agriculture Bretagne et chargé de mission Dephy-Ecophyto, connait bien ces groupes. Il en est l'animateur et voit au fil des saisons, les freins se lever et les pratiques changer. Les doses utilisées baissent, mais tout ne se fait pas d'un claquement de doigt.

Réduire les pesticides : il faut du temps

"Il y a des étapes plus ou moins faciles. Réduire les doses, être plus efficient, on y arrive bien. Mais lorsqu'il s'agit de toucher au système complet, en modifiant rotation et assolement, c'est beaucoup plus complexe". Mieux vaut s'y préparer avant l'installation, car une fois un système calé au niveau de la charge de travail et du revenu, les gens hésitent à tout déstabiliser. De fait, ce sont plus souvent des gens en rythme de croisière, qui ne sont plus étranglés par les remboursements d'emprunts, qui tentent plus facilement l'aventure.

Terres de Saint-Malo réduit les pesticides

Et chez les légumiers ? Même évolutions prometteuses et même difficultés aussi. Clarisse Galet, directrice de Terres de Saint-Malo (groupe Prince de Bretagne) a apporté son analyse lors de cette soirée constructive. "Oui, nos clients nous demandent de plus en plus de qualité et en face, nous devons nous adapter, fournir de nouvelles certifications, tant au niveau national que pour l'export. En légumes, les pesticides c'est comme les antibiotiques, ce n'est pas automatique, loin de là". Fini les anti-pucerons, baisse des insecticides utilisés, fort développement de l'usage du désherbage mécanique (80% des producteurs aujourd'hui. Les pesticides sont de moins en moins utilisés et les démarches d’adaptation toujours en courtpour la coop Terres de Saint-Malo. Car selon les productions, cela s’avère plus ou moins facile. C'est grâce à de fréquentes observations dans les champs, à des alertes régulières aux producteurs, à un travail de recherche constant, que l'usage des pesticides décroit chez Terres de Saint-Malo. Quant au bio, il est en pleine croissance. C'est aujourd'hui 17% des producteurs et 22% du Chiffre d'Affaire de Terres de Saint Malo.

Soirée d’information pesticides : les JA plébicités

Les participants à la soirée d'information et d'échange l'ont compris : réduire les pesticides, c'est possible, c'est en cours. Mais il faudra du temps. Car une exploitation est une équation vivante complexe qu'on ne manœuvre pas en deux temps trois mouvements. Les nombreuses questions de la salle ont confirmé l’attention toute particulière qu’attache aujourd’hui la population aux pratiques agricoles et à notre alimentation. Un dialogue s'set ouvert et les participants en ont chaleureusement remercié les JA35.

Valérie Dahm

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