Agriculture : la sortie de crise sera violente et collective

Il faut changer de modèle agricole, tout le monde en est conscient. « C’est un changement violent et collectif qui est nécessaire » affirme Christophe Courroussé, responsable chez Terrena. De nouvelles connaissances scientifiques permettront de produire mieux; Mais sur quels types de structures agricoles et avec quels profils d'exploitants?

Sortie de crise difficile à trouver pour l'agriculture et l'élevage français
Sortie de crise difficile à trouver pour l'agriculture et l'élevage français

Prix trop bas, suicides, manque de repreneurs… La ferme France a bien du mal à sortir de l’ornière. Et pourtant, les idées sont là. Mais il va falloir bousculer sacrément les habitudes ancrées par des années d’une politique agricole à bout de souffle.

Les gros mangent les petits

« Je vois que le modèle agricole en place n’a plus d’avenir ». Bernard Lannes, président de la coordination rurale s’exprimait sans détours, lors du débat « France agricole, la crise pour tous ? », organisé à Nantes, le 3 juin dernier. « On a toujours dû faire des croissances de productivité : résultat les gros producteurs finissent toujours par manger les petits. Aujourd’hui, les prix sont mondiaux, on brade nos produits, du coup 70% des exploitations françaises connaissent une chute de leur chiffre d’affaire… Et des prix qui ne correspondent plus à rien ». Conscient que les consommateurs, eux-aussi, aspirent à d’autres modèles agricoles, le syndicaliste appelle à un sursaut.

La marge dévorée par le grand capital

« Les consommateurs ne veulent plus d’une alimentation qu’ils ne maîtrisent pas. Il y a moyen de produire sans énormément de machines, d’engrais, etc».  Bernard Lannes en est convaincu :  l’agriculture doit s’appuyer davantage sur son efficience pour travailler avec moins d’intrants et moins de capitaux. Et nourrira largement la planete. Mais à trois conditions : faire évoluer la Pac vers plus de régulation, de transparence sur l’étiquetage des aliments, et remettre de la marge aux producteurs. « Le problème de l’Europe, c’est le grand capital, qui fait des bénéfices importants sur l’alimentation, en travaillant avec les PECO ».

Le mot compétitivité le hérisse

« Les  paysans doivent se réapproprier la destination des marchés ». Pour garantir l’avenir, Dominique Deniaud, président de la Confédération paysanne de Loire-Atlantique, opte pour la relocalisation des productions agricoles. Elle seule pourra sécuriser les exploitations, de son point de vue. « Regardez le prix du porc : il remonte actuellement grâce à la demande chinoise, mais si ce marché s’arrête, on replonge ». Le responsable confédération Paysanne milite pour la relocalisation d’une agriculture efficiente.

« Le mot compétitivité me hérisse. Moi, agriculteur, je n’ai pas vocation à être en guerre contre mon voisin. Il faut remplacer compétitivité par le mot efficience. Prenez la ferme des 1000 vaches : on gagne en compétitivité sur certains postes, mais on perd sur d’autres, comme l’autonomie alimentaire, la disparition du paturage par exemple ». Ce militant d’une agriculture respectueuse de son environnement direct, met aussi dans la balance la dimension humaine que doit retrouver notre agriculture : « Un prix des aliments décents, qui rémunèrent les producteurs, et une protection sociale correcte pour les agriculteurs ».

Consommateurs alliés des producteurs

« La seule alliance qui compte, c’est celle du monde agricole et des consommateurs ».  Pour Christophe Courroussé, de la coopérative Terrena, le défi de la qualité est une chance pour le monde agricole. A une condition, celle du prix.  « Aujourd’hui déjà,  nous retravaillons les modes d’élevage, l’alimentation de animaux,  les techniques culturales dans le sens d’une moindre consommation d’intrants et d’un meilleur bien-être animal. Mais nous devons nous battre sur le prix de ces produits de qualité ». En clair, il faut que les consommateurs acceptent de payer la qualité. « Nous avons un gros travail de pédagogie à faire, pour que cette qualité et le travail qu’elle demande soient compris par les consommateurs ».

De la bonne bouffe à prix chinois !

Approbation de Christiane Lambert, présidente de la Fnsea, vent debout contre les prix bas. « Voilà quarante ans que mugit le dogme du prix bas. Nous, agriculteurs, savons produire plus vert, de qualité supérieure,... Mais ce type d’aliments est plus cher à produire. Quand on voit comment la grande distribution veut empocher les marges sur le bio, par exemple, je reste très inquiète sur une juste rémunération…. ». Son souhait : de la cohérence dans le rapport qualité-prix payé aux producteurS ; Certains décisionnaires dans les choix alimentaires de collectivités, sont dans le collimateur de la présidente. Les responsables des repas d’écoles, hôpitaux, prisons… privilégient, selon elle, une nourriture à bas coût, depuis longtemps.

« Les français veulent consommer français, mais payer chinois. Ce n’est pas tenable !  Seule une rentabilité correcte nous permettra de moderniser nos élevages, de faire évoluer les bâtiments pour consommer moins d’énergie et améliorer le bien-être des animaux ».

De Pisani à Nicolas Hulot

Réplique cinglante dans la salle nantaise. « Il y a exaspération à vous entendre dire que nous, citoyens, sommes responsables de votre appauvrissement. La Fnsea est responsable de ce qui arrive, vous avez accepté de fournir des produits de moindre qualité et pas cher à la grande distribution. Vos poches sont vides parce que vous vous êtes endettés avec vos machines et maintenant vos robots… ». La majorité des consommateurs réunis ne bronche pas, ignorante de l’histoire agricole, de l’impact du modèle Pisani et des pouvoirs publics sur notre alimentation depuis 60 ans. Il faudra de très solides Etats Généraux de l’Alimentation, cet été, pour remettre en ordre de marche, agriculture, aliments et nutrition.

 Sortie de crise

Il faut changer de modèle, tout le monde en est conscient. Mais qui en sera capable ? « C’est un changement violent et collectif qui est nécessaire » affirme Christophe Courroussé, responsable chez Terrena. De nouvelles connaissances scientifiques permettent de produire mieux, différemment, plus sainement. Mais il faut avoir envie d’aller les chercher, de les acquérir et de les tester ». Produire différemment, inventer de nouvelles filières de production :  il va falloir accepter les remises en cause, les nouveaux apprentissages, la mobilité intellectuelle. Le prix de l’avenir agricole.

Vos contenus toujours à jour !

Contactez-nous